A quoi rêve un collégien dans une salle de classe bondée de 115 élèves, assis sur un banc en bois prévu pour deux où ils se serrent à trois ou quatre ? A quoi pense ce gamin en ralliant, sans doute à pied, la trentaine de kilomètres qui sépare son domicile de l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan où il s’apprête à se glisser dans le train d’atterrissage d’un avion ? Ces questions vont hanter longtemps l’entourage de Laurent Barthélémy Ani Guibahi, 14 ans, dont le corps a été retrouvé, mercredi 8 janvier, dans un Boeing 777 d’Air France qui venait de se poser à Roissy. Sa chance de survie était nulle en raison d’un froid extrême en altitude et du manque d’oxygène.

Laurent Barthélémy Ani Guibahi était scolarisé au lycée municipal Simone-Ehivet-Gbagbo, dans le quartier populaire de Yopougon, où il vivait. Un quartier immense et grouillant, un dédale dont on ne saisit pas vraiment les contours. L’adolescent n’était pas un élève turbulent, pas une grande gueule qui roule des mécaniques pendant les récréations. Il était à l’opposé, un gamin discret, au comportement irréprochable en classe. «Jamais un professeur n’a eu de griefs contre lui, assure Antoine Mel Gnangne, éducateur en classe de quatrième. Je suis choqué, très étonné.» Il décrit un enfant aux résultats moyens. Bon en sciences mais faible en français, à qui les enseignants demandaient plus de concentration et de travail.