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Sayen, la force sombre du rap français

 

Sayen, artiste Villeneuvois âgé de 23 ans, tente de percer dans le rap tout en restant fidèle à son univers et à son style qu’il définit comme « inclassable ». Sa vie, rythmée par les entraînements au Boxing club des Flandres, la famille, la débrouille,  l’inspire au quotidien pour créer ses sons. Le dernier disponible sur Youtube, le freestyle X,  sorti le 23 mars.

 

Sayen, de passage à la boutique Kosetwojours

 

Junior, alias Sayen, parle-nous un peu de toi ? Comment t’es-tu lancé dans le rap ?  

Je viens de Villeneuve-d’Ascq, le quartier d’Annappes. J’ai commencé à écrire dès l’âge de 10 ans, à cette époque, ça ressemblait plus à de la poésie et j’écoutais déjà du rap, ce qui passait en radio : Booba, Rohff, La Fouine, 50 Cent, Lil Wayne. De base, je suis quelqu’un de très solitaire, écrire, ça me soulageait. Quand j’ai changé de lycée, passant du privé au public, je me suis retrouvé avec beaucoup d’Africains, quasiment que des gars. L’environnement était plus humain. Tous les mecs de ma classe kiffaient le rap, on faisait des clashs entre nous, on était soudé. Un jour, un gars du lycée, Rédouane, m’a dit:  « Tu devrais te lancer en studio ».

 

Quand tu fais du rap, l’indicateur, c’est les meufs…

Et après, ça c’est enchaîné avec le crew 2059 Corporation ?

Skeezy. D, mon cousin, m’a proposé de rejoindre 2059 Corp, son crew et m’a toujours soutenu. Au départ, j’observais et j’ai commencé à voir le rap d’une autre manière. A voir le fond, à épurer, comme une voiture qu’on décortique jusqu’à l’os. On m’a réclamé un solo et beaucoup m’attendaient au tournant. Finalement, ce qui est sorti, c’est mon timbre de voix, un peu cassé, et mon cheveu sur la langue. Mon premier freestyle a fait près de 1000 vues en une semaine. Les gens m’ont reconnu et même les meufs venaient me voir en me disant : « Ton son m’a mis la rage pour ma séance de sport ! » Quand tu fais du rap, l’indicateur, c’est les meufs…

 

 

Qui est vraiment Junior ? Où devrais-je dire, qui est vraiment Sayen ?

Plus jeune, les grands m’appelaient Sayen parce que j’avais une gueule d’ange, mais dès que je m’énervais, c’était la transformation. Comme dans Dragon Ball Z. La Sayen Nologogie dont je parle, c’est l’histoire de Sayen. C’est un concentré d’oxymores. Sayen, c’est le clair-obscur. Pour marquer la délimitation entre Sayen et Junior, j’utilise les lentilles blanches. Ce regard représente tout ce que j’ai vu dans ma vie, toutes les larmes qui n’ont jamais coulées… Ces yeux font peur mais renferment la vérité. On revient au principe de transformation.

 

 

« Dans mon rap, il y a beaucoup d’émotions, de mélancolie et chaque individu peut s’y reconnaître. »

Comment tu définis ton style de musique ?

Ce que je fais ce n’est pas du street, ni du gangsta rap. J’ai mon univers et je suis « inclassable ». C’est ce qui ressort des critiques extérieures.

L’univers de Sayen est plutôt sombre. Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je m’inspire à droite à gauche, mais ça reste toujours du Sayen. Dans mon rap, il y a beaucoup d’émotions, de mélancolie et chaque individu peut s’y reconnaître. Je me vois un peu comme un soldat qui a tout connu et qui n’a plus d’espoir, mais malgré tout, optimiste et qui reste droit. Il y a eu une période de presque deux ans où je n’ai rien sorti. J’avais 17 ans, j’étais parti de chez me parents et je vivais au jour le jour, j’ai connu des moments difficiles et je me sers de mon vécu dans mes textes. J’ai remis beaucoup de choses en question et finalement, j’ai repris l’écriture et les gens ont vu l’évolution.

 

Tu sors exclusivement des freestyles, à quand l’EP ou l’album ?

Il faut vraiment être en attente. Les sons que je fais sont carrés, tout comme les clips. Si je sors un EP, il faut que ça pète. Pour l’instant, c’est du rap à perte dans le sens où ça ne me fait pas vivre. On est à une époque où l’accès au studio est devenu plus facile et où ça a un peu perdu en crédibilité. Du coup, beaucoup d’artistes ne sont pas reconnus comme ils devraient l’être.

 

 

« J’ai envie de percer. Si une porte s’ouvre, je rentre dedans. Je casse même le carreau !!! »

Les maisons de disques t’ont laissé ta chance ?

Jusqu’à présent, on ne m’a pas encore laissé ma chance et c’est le problème. Mais j’ai envie de percer. Si une porte s’ouvre, je rentre dedans. Je casse même le carreau !!! J’ai déjà mon game-plan et jusqu’au plan Z. Je n’oublierais pas ceux qui m’ont soutenu, Skeezy. D, ma mère, mes frères. Et si ça ne marche pas, au moins, pas de regret. On ne peut pas avancer sans prendre de risques. C’est ce que j’ai fait quand je suis revenu avec Nolo’hood (fin 2017).

 

 

Une petite punchline pour terminer…

 

Il y a un passage qui est tiré de mon dernier freestyle* « X » (clip sorti le 23 mars) sur le thème de la fierté d’être noir, étant moi-même « mi congolais-mi Sayen » : « Cloué à l’Afrique, au moins sur moi t’es fixé. J’ai les idées fixes, je descends de Malcom X. Je partirais peut-être comme lui. Face à ça, j’suis un peu perplexe. Ma peau de l’or noir, qu’est ce que tu viens me parler de complexe. »

 

Propos recueillis par Hassina Dris

  • 6ème son de la série Genki’freestyle : « C’est encore une référence à DGB. Le Genki Dama étant une technique qui consiste à s’appuyer sur la force des autres pour pouvoir avancer. »

 

 

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